I. A la Recherche du passé

On a peu de détails, avons-nous dit, sur les débuts. Tout de même, un des fondateurs, C.E Gabain, a écrit quelques souvenirs et, plus tard, Marcel Eloy, président de la section athlétisme et secrétaire de la section football au cours de l'entre-deux guerres, avait réuni des éléments qui lui permirent de rédiger une petite histoire du H.A.C. à l'occasion du Soixantenaire. A notre tour nous avons glané dans ces deux documents quelques épisodes agrémentant notre historique de caractère plus synthétique.

C.E. Gabain note qu'à l'origine le groupement s'appelait Havre-Football-Club qui prit le nom général de Havre-Athletic-Club lorsque son activité sportive ne se borna plus au seul football. Il écrit : "A le comparer avec les sociétés qui existent maintenant en France, le Havre-Football-Club originel était une bien modeste affaire. Le nombre total des membres ne dépassait pas 15 ou 18, leur âge allant de 16 à 40 ans. De ce nombre, bien souvent, il ne s'en trouvait pas plus d'une demi-douzaine à jouer. La semaine anglaise n'existait pas à cette époque et, comme il ne pouvait être question de jouer le dimanche, la partie se déroulait une fois par semaine à l'heure de fermeture des bureaux, dans le milieu de la journée. En tenant compte du temps nécessaire pour se rendre au terrain, s'équiper, se rhabiller, déjeuner et retourner au bureau, il ne restait jamais plus d'une demi-heure libre pour le jeu."

Le seul terrain se trouvant à une distance raisonnable était une pièce de terre vacante située entre le boulevard François-Ier et ce qui est maintenant la rue Augustin-Normand. Une forte palissade en bois la fermait de deux côtés et comme le terrain était très étroit la clôture constituait la limite même du jeu. Il en résultait des chocs pénibles et dangereux quand il se produisait des "accrochages" à proximité.

La tenue des joueurs consistait en une blouse de coton blanc, avec soutache bleue aux manches, ce qui était alors le costume le meilleur marché que l'on put trouver. Je n'ai pas besoin de dire que l'équipement n'offrait guère de résistance aux chocs un peu ardents et qu'il était souvent réduit en lambeaux.

Je me souviens que, me promenant un jour sur le boulevard, j'entendis deux hommes, qui suivaient le jeu, échanger leurs impressions sur la signification des choses extraordinaires qui se passaient derrière la clôture : "Ah ! Je sais ce que c'est, s'écria à la fin l'un d'eux, ce sont les clowns du cirque qui font une répétition pour leur représentation de ce soir !".

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Il y avait très peu d'argent parmi les plus jeunes membres du club, aussi fallait-il prêcher l'économie, et les seules dépenses - ou à peu près - auxquelles nous avions à faire face étaient l'achat de blouses de coton, soit 3 ou 4 francs chaque, et la location de la chambre qui nous servait de vestiaire, qu'un boulanger de la rue Augustin-Normand mettait à notre disposition moyennant un loyer de 1 franc par semaine.

Passons maintenant aux "souvenirs" recueillis par Marcel Eloy :

Quoique parmi les pratiquants se soient trouvés dès le début quelques Havrais, le plus grand nombre étaient Anglais et comme, d'autre part, le jeu venait indiscutablement de l'autre côté du détroit, tous ceux qui, directement ou indirectement, s'intéressaient à ce sport étaient immédiatement sacrés "Anglais" par les profanes.

  • Pour la combination : 12 voix
  • Pour l'association : 10 voix
  • Pour le rugby : 2 voix

La "combination" fut donc adoptée, mais ne dura pas. Comme les règles de la Fédération anglaise ne convenaient pas tout à fait à nos Hacmen, ceux-ci les modifièrent froidement pour les adapter à leurs goûts. Le fait n'avait d'ailleurs aucune importance, puisque non seulement il n'existait en France aucun pouvoir dirigeant pouvant les rappeler au respect des convenances, mais encore ils n'avaient aucun adversaire à rencontrer, à moins d'aller en chercher à Paris, ce qui eût été considéré alors par les gens sensés comme une impardonnable folie.

Les autres clubs qui peu à peu se constituèrent ne tinrent pas plus compte des règles fixes auxquelles nos voisins britanniques se pliaient déjà.

Il nous faudra attendre la création de l'U.S.F.S.A. et des épreuves officielles pour arriver à une complète unification des règles.

Nous ne souvenons que trop bien d'une Assemblée annuelle du club, très animée, qui devait préparer la sison de jeu commençant la semaine suivante. Il y avait eu une discussion prolongée relativement à des propositions de modifications aux règles, si bien que la réunion avait dû être renvoyée au lendemain soir, minuit sonnant avant que l'accord ait pu se faire.

Quelle ne fut pas notre stupeur, en arrivant au terrain, de constater qu'au cours de l'été on avait construit une maison au beau milieu ! Aucun de nous n'avait songé à se rendre compte, en passant par là, si notre " ground " était en état (le boulevard François-Ier était alors fort peu construit) : nos membres les plus éloquents s'étaient donc enroués à discuter pendant deux soirées consécutives pour adapter les règles du jeu au terrain particulier sur lequel il devait se pratiquer ; mais il n'était venu à l'idée de personne de s'assurer auparavant si l'emplacement était encore disponible.

Les "répétitions des clowns du cirque" sur le boulevard François-Ier connurent une fin navrante et prématurée.

L'année suivante nous fûmes autorisés à jouer sur une pièce de terre formant l'encoignure du boulevard de Strasbourg et du boulevard François-Ier (ce lieu s'appelait la "Mare aux Huguenots").

Le terrain était souvent recouvert d'eau au cours de l'hiver. Dans notre ignorance de ces questions techniques, nous nous laissâmes persuader par un entrepreneur que cet ennui disparaîtrait si l'on y charroyait une quantité suffisante de terre pendant l'été et nous fîmes la dépense assez lourde de 100 à 150 "banneaux" qui furent répandus sur les parties du sol où l'eau s'amassait l'hiver.

Les membres du club furent, selon l'habitude, réunis à l'automne ; après de longues discussions, on vota les règles du jeu susceptibles de s'adapter au nouveau terrain et la date d'ouverture fut fixée. Hélas ! Nous étions voués à une déception nouvelle. Les éléments ne nous étaient pas favorables, une pluie abondante était tombée au cours de la semaine précédente et, quand nous arrivâmes au jour dit, la plus grande partie du sol était recouverte de 6 pouces d'eau. Nous nous rendîmes compte alors, ce que nous aurions pu apprendre plus tôt, si nous avions consulté quelqu'un de compétent, qu'au lieu de 100 ou 150 charrois de terre, dix fois cette quantité, en même temps qu'un bon drainage, auraient été nécessaires.

Nous nous souvenons aussi que, lorsque, grâce à l'aide financière de nos membres les plus fortunés, nous pûmes organiser un dîner, nous fûmes honorés de la présence de M. Félix Faure qui, dans un Anglais quelque peu décousu, leva très cordialement son verra à la santé du Havre-Football-Club (alors qu'il était devenu Havre-Athletic-Club).

Voilà donc quelques épisodes des modestes débuts, alors que personne n'imaginait que c'étaient ceux d'un grand futur club.

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Précedent

Introduction

Club omnisports, le Havre Athletic Club compte maintenant cent années d’existence, par celles de ses sections qui constituèrent sa raison d’être. C’est de leur fait qu’en 1872 Le Havre fut le berceau du football en France, sous les auspices de notre vieux Club.

Ce sport avait une ascendance britannique, mais ses origines étaient plus lointaines dans le temps, voire dans l’espace, et sa codification par les Anglais apparaît comme l’aboutissement d’une longue évolution.

Le jeu étant un des besoins de l’espèce humaine, lancer une balle avec les mains ou les pieds, quoi de plus naturel ? Ainsi dès avant l’ère chrétienne, cela se fit, paraît-il, en Chine, à l’instigation d’un astucieux empereur qui y vit une forme efficace d’entraînement militaire, car ce jeu de ballon suscitait de terribles bagarres. On retrouve ses traces en Grèce (les Spartiates ce pouvaient négliger un tel moyen de durcir leurs jeunes), dans l’Empire Romain, en Gaule…

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II. Le grand H.A.C prend forme

Précisément de nouveaux amateurs venaient au football dont le développement allait nécessiter une organisation locale plus rationnelle. Avec ses collègues, le premier président du H.A.C., l'Anglo-Havrais F.F. Langstaff (1872-1884) structura le club. La "combination" étant abandonnée il y eut deux sections, l'une de football association, l'autre de rugby. Ils cherchèrent un emplacement convenable et le trouvèrent dans une proche commune reliée au Havre : la commune de Sanvic. Situé devant l'église ce terrain, loué 600 frs l'an, commença à être utilisé en 1882. Il l'est toujours par la section rugby et a reçu le nom de Stade Langstaff. La section tennis (1883) allait s'y installer de son côté et s'y trouve encore. Une autre section de la fin du XIXe siècle, le hockey, s'en servit également avant d'avoir son terrain particulier à Bléville.

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